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Journal — Partir en voyage 1 an

Juillet 2019

 

On est dans le trafic depuis une bonne heure déjà. L'ordinateur sur mes genoux, je fais notre demande d'assurance en chemin vers la demande de visa. J'ai mon café du Tim, la voix qui tremble et je pleurs depuis la veille. De panique. De "je veux revirer de bord." De "fuck it! J'y vais pu." Mon chum continue d'être rationnel avec sa voix calme et moi qui crie par dessus. Bagel dans une main, le café dans l'autre, je tappe sur mon clavier comme pour l'assommer en remplissant les infos demandées sur le site. Je vois flou, je renifle, je hurle. 

 

C'est ce qui se passe dans notre minuscule toyota eco rouge, un lundi matin en route vers Montréal. 

 

J'aimerais tellement ça te dire j'ai eu une illumination comme dans Mange,prie, aime, que j'ai voulu partir à l'aventure, refaire ma vie vers un monde meilleur... Mais non. La vérité c'est que, c'est mon amoureux qui doit partir 1 an en France faire son stage de fromagerie. En sortant de là, il va avoir l'équivalent d'un BAC ici. Formation qui se donne seulement là-bas. C'est la chance d'une vie, payée par son employeur. Moi, tout ce que je vois, c'est un trou noir. Une année gâchée. Un vide immense dans lequel je m'en vais. (Ni plus ni moins!) Je n'ai jamais voyagé de ma vie. Jamais pris l'avion. Jamais été plus loin que Québec. Alors l'idée de partir loin de chez moi est refusée. Mais l'idée de perdre mon amoureux 1 an me faire encore plus mal en dedans. Un gros pincement au coeur, comme une claque s'à yeule en disant "Voyons donc criss! Vas-y!" 

 

Alors nous voilà en chemin pour la demande de visa. La pile de papiers et de protocole, tous plus chiants les uns que les autres. Avant ça, on a refait la même file pour faire notre passeport. Renouveler notre carte d'assurance maladie, expirée depuis 2013 OUPS. Mais bon voilà. On est en route.

 

À l'arrivée dans les bureaux, ça sent le tapis beige. Des petites chaises pliantes où beaucoup de gens sont déjà en train d'attendre. On passe dans le détecteur de métal, on retire nos souliers, cellulaire, etc... Et on attend notre tour. Une fois que c'est fait, on revient chercher notre demande, pour voir si c'est accepté ou refusé. On a dût attendre deux mois avant de la recevoir, même si notre voyage était prévu en le 1er septembre. Pour te donner une idée de mon stress (de ma panique générale plutôt), on a reçu notre demande le 3 septembre et nous avons pris l'avion le 5. Avant le 3, on ne savait pas encore si on partait ou non. (Mon boss était ben ben content hahah) Je rentrais les jours que je ne savais pas encore la réponse. Puis, jeudi le 5 septembre, je ne suis pas rentrée travailler. 

 

Septembre 2019

 

Mon appartement est vide de moi. Mes boites sont empilées les unes contre les autres contre le mur. Notre coloc gardera la maison, le temps du voyage. Mes choses iront chez ma mère, dans le sous-sol et chez mon amie. 9:30, on load l'auto de ma mère, on fait des aller-retours. Les chats sont chez leurs gardiennes.  Je prends une douche comme pour enlever toute mon angoisse mais elle passe pas dans le drain. Elle reste sur mes épaules et dans ma gorge. J'ai la voix enrouée et les cernes jusqu'aux orteils. La veille, Claire m'a coupé les cheveux aux oreilles et donné un foulard. Comme un peu de courage doux. Je le mets autour de mon cou, avec mon passeport dans mon packsac. Je vérifie 7 fois s'il est encore là.

 

14:00, on part pour Montréal.

Pour la vie de l'autre côté de l'océan.

 

Je laisse ma clée sur la table. Je descends les marches de mon appartement une dernière fois. Je mets lace mes souliers, assise, dans les escaliers en essayant de respirer. Mon pacsack fait deux fois ma grandeur. Mon amoureux attrape le deuxième et la petite valise. Toute notre vie est à l'intérieur de ces deux sacs Je me sens comme une tortue qui apporte sa maison. Mais si je pouvais apporter mon appartement, je l'aurais fait.

 

Notre vol est à 21h. On arrive vers 16h30. Le temps de relaxer. Manger un morceau et boire un verre de vin. (Ou 100000) On s'assoit dans un restaurant de l'aéroport, près des fenêtres, pour regarder les décollages. "Tu vois, c'est tellement gros pis sécuritaires ces affaires-là!" qui dit. Bébé me serre la main quand j'ai une larme qui coule. Je souris et mets mon visage dans mon foulard juste une minute. C'est doux. Ça sent la maison. MA maison. Celle que j'ai laissé à 1h30 de route. On va s'assoir pour attendre ensuite, de l'autre côté de l'aéroport. Ils ont prit mes bagages. Je me sens toute nue. 

 

Notre vol est appelé et je ne me souviens pas la fois où comme ça, j'ai été autant nerveuse. Je pense que c'est jamais arrivé. J'entre dans la grosse passerelle en métal. Je regarde les gens qui restent à Montréal et je les envie. On avance encore et on embarque finalement dans l'avion. On a prit soins de prendre des sièges à côté. Je prends la fenêtre et je m'enroule dans mon foulard. On enchaine les films proposés, je pleure une heure sur deux. Je ris, je pleure, je serre bébé dans mes bras. Je regarde dehors, des fois. 

 

6:00 le matin, le soleil se lève et quand je regarde dehors, c'est pas l'océan que je vois mais une grande ville. Différente de tout ce que j'ai vu jusqu'à aujourd'hui. On touche le sol. Bébé applaudit et me prend dans ses bras. Je pleure, je souris, je ris. J'ai envie de vomir. On sort chercher nos sacs à dos et on prend la petite navette qui nous apporte à la gare centrale. Y'a du monde partout, des tramways, des voitures qui vont plus vites les unes que les autres, ça sent le beurre, les croissants, le vent. On se fait engloutir par la foule, que je suis par réflexe. Bébé m'attrape le bras et me dire en sens opposé. "Par là!" On fait la file nous aussi pour un café et déjeuner. Je demande un café, ils me donnent un shooter d'espresso. Dépaysement #1 Je demande un croissant, ils me demandent à quoi, je dis au "beurre." Ils me font répéter 6 fois. Dépaysement #2. Je pense à papa qui m'avait dit de faire attention aux "maudits français." Je souris en file.

L'arrivée.

 

Après 12h de transport en commun, on arrive finalement dans le petit village dans lequel on va habiter. Le train nous laisse dans un champs, au milieu de nul part. On se regarde perplexes. Le manque de sommeil nous fait éclater de rire. On s'assoit une minute sur nos packsacs plus lourds que toute. On cherche une carte, quelque chose. — Nos cellulaires ayant été désactivés, on n'a pas accès au wifi. Par feeling, on part vers la gauche, puisque l'on arrive de par la droite en train. On marche, une bonne demi-heure au gros soleil. J'enlève mon foulard et mon manteau. 18:30, on arrive enfin dans le tout petit village de Poligny. On a imprimé google maps, pour savoir où environ notre rue se situe. On va au rond point, on continue la principale et puis on cherche.

 

On tombe face à notre appartement. On va cogner à côté pour la clé, chez madame Jaquet. On sonne à la vieille porte d'une maison centenaire. C'est une petite dame en tricot aux cheveux en chignon qui nous ouvre. Elle a l'air plus que ravie de nous voir. Elle nous embrasse, nous fait des câlins et vient nous montrer notre nouvelle maison. On ne tient plus debout, mais on est heureux de parler à quelqu'un. On se dit à demain, puis on monte à l'étage pour voir la chambre. Tout a été pensé. Des nouveaux draps sur le lit, des serviettes avec une petite trousse de toilette faite maison, avec des produits ramassés ici et là. Je pleure, de joie, de fatigue, de tristesse de penser à ma maison si loin. Mais le lit est doux et y'a 22h qu'on a pas dormi. On s'écroule dans le lit à 19:30 jusqu'au lendemain matin.

 

Notre nouvelle vie commencera demain à 8:00.